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Mine de rien
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Ntonio
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Message Posté le : 14/02/2007 16:02:32    Sujet du message : Mine de rien Répondre en citant

Mine de rien


Je les aimais bien. A l’époque. Je ne les aurais pas créés, si je ne les aimais pas. Je devais me sentir seul, je pense. Alors je suis parti dans l’élaboration de leur personnalité. Un peu comme Frode et son jeu de cartes qui prend vie dans ce bon vieux Mystère de la Patience… Il me fallait de la compagnie, alors je les ai créés, même si je n’avais sur le coup pas senti de raison particulière.

Ca me faisait plaisir, et puis je me suis toujours dit que j’aimais créer, imaginer des choses. Alors sur le bureau, sous mes doigts, le crayon s’agite, le papier frétille, la mine sautille. Ce qui pétillait depuis longtemps dans mes rêves les dessine, les esquisse, les croque. Ils voulaient exister.

Et sur le papier, chaque jour, ils apparaissent. Du matin au soir, ils existent dans la virginité du papier blanc, tout comme ils ont existé dans ma tête. De bras en jambes, l’un après l’autre, j’ai retrouvé mes amis, et intérieurement, j’exulte, car ces amis-là sont si près de moi qu’à jamais ils ne me quitteront.

Il a fallu leur donner des noms, à ces amis qui venaient de prendre forme, pour qu’ils finissent leur matérialisation. Alors au gré des sentiments, au gré des choses entendues, lues, vues, vécues, leurs noms sont venus. Ils étaient bien ainsi, tous, heureux de trouver un vrai corps, et j’étais content pour eux, et pour moi également, car à tout moment je pouvais les retrouver. Une feuille de papier, un crayon, sur un coin de page libérée, ils revenaient aussi souvent que je voulais. La nuit n’était plus l’exclusive occasion de les trouver.

Depuis, chaque matin, je prenais une feuille blanche, et je les dessinais, avec chaque jour une nouvelle tenue pour qu’ils se sentent bien. Depuis, chaque soir, je rangeais soigneusement cette feuille, pour qu’elle rejoigne ses précédentes, et que les souvenirs puissent ressurgir à tout moment. C’est ainsi que j’ai vécu, heureux et solitaire, en leur compagnie.

Au fil du temps, chacun d’entre eux a commencé à prendre des traits de caractère, des habitudes, des tics, des parlers. Ils se façonnaient, petit à petit, leur personnalité, leur raison d’exister. Des goûts, des couleurs, des passions. Leur vie devenait intéressante, s’ouvrait vers de nouvelles histoires.

Et puis par moments, nous revenions à nos origines, tous, nous nous retrouvions sur une grande feuille, et nous nous racontions nos expériences. Chacun évoluait de façon différente, chacun dans leur monde de crayon. J’étais très heureux pour eux, même si je les voyais moins souvent pour moi. Car au fond de moi-même, je sentais que j’avais construit quelque chose de bien.

Il y en a qui partaient loin pour ne revenir que par surprise, il y en a qui restaient là un long moment sans rien dire, souriants, puis disparaissaient pour apprendre je ne sais quelle nouvelle chose. Il y en a qui passaient en courant, me saluaient de la main, se battaient avec d’autres petits camarades, qui jouaient. Il y en a qui restaient toujours près de moi, m’aimaient beaucoup, et je devais bien leur rendre.

Et petit à petit, les affinités se sont créées. Des rivalités sont apparues, des jalousies et des amours. Malgré leur aspect sur papier, ils vivaient les mêmes choses, les mêmes sentiments que nous, humains. Alors il y a eu des conflits, il y a eu des mésententes. Il y a eu de belles choses aussi, de grands avenirs qui se profilaient, de jolies histoires qui sont nées. Certains se sont alors éloignés davantage, certains sont restés.

Ils étaient tous si différents, qu’ils sont presque tous partis. Alors ceux étaient restés sur la feuille, ceux qui aimaient les autres, qui aimaient la compagnie, ont décidés de former un noyau. Un noyau pour garder une toile entre tous, conserver les liens entre chacun par leur intermédiaire. Un culte de la famille et des liens s’est créé. Papier, vie et crayon n’étaient que des apparences, pour eux l’affection prédominait.

Les choses sont restées bien longtemps ainsi. On en voyait qui revenaient, de temps en temps, les poches pleines d’histoires, les yeux pleins de nouveaux amis. Certains envoyaient des lettres, ils se plaisaient, ils vivaient bien, ils étaient toujours heureux. Le noyau, de son côté, évoluait. Chacun continuait à grandir. Le noyau était un prétexte de rassemblement, la vie une raison de découvrir.

Mes rêves pendant ce temps-là étaient devenus autres. De nouveaux personnages s’étaient créés. Ils étaient apparus par moments sur la feuille en compagnie des autres. Je dessinais toujours les anciens, mais sans la même ferveur, sans la même conviction.

Un jour, les avis ont divergé, tous avaient tellement évolué qu’ils n’avaient plus rien en commun. Ni entre eux, ni avec moi. Alors il y eut des jalousies, des possessivités. Chacun voulait sa part d’affection. Chacun voulait plus d’affection que les autres. La situation devint telle que plus personne ne supportait personne.

Alors j’ai repris toutes les vieilles feuilles, j’ai repris tous ces souvenirs. Je les ai contemplés. Je me suis rappelé ce que c’était. Je me suis rappelé cette époque. Je me rappelais que je les aimais. Et j’ai vu toutes les différences. Rien n’était plus pareil. Notre relation n’avait plus les raisons d’être d’antan.

Une dernière fois, j’ai parcouru les pages, une dernière fois j’ai tenu le crayon entre mes doigts, une dernière fois j’ai soupiré.
Et en une fois j’ai tout brûlé.


L’histoire des mes petits bonhommes de crayon, je l’ai revue il y a peu. Deux personnes dialoguaient, deux personnes de papier, tout comme je les avais créées. Un autre créateur, encre de chine et gestes simples, dans un style différent mais qui ne m’est pas étranger, m’a apporté réflexion sur les raisons de cette histoire qui n’a pas su s’arrêter à temps, grâce à la morale de ce dialogue :
- Je veux le dernier morceau de tarte ! Ne la coupe pas. Donne-le-moi en entier !
- Ne sois pas égoïste.
- Donc, ici, le vrai message c’est « sois hypocrite » ?
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Message Posté le : 14/02/2007 16:02:32    Sujet du message : Publicité

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