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Histoire multi-plume : thème post-apo
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Ntonio
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Message Posté le : 14/10/2007 16:13:46    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Rappel du principe : un chapitre chacun, à la première personne, en incarnant tour à tour personnage différent, déjà rencontré ou nouveau dans l'histoire. Et la seule obligation : le contexte est post-apocalyptique.




Chapitre I : Collections


Je regardais d’un œil morne l’étalage qui s’avançait devant moi. Des outils, de vieux ustensiles, des boîtes, quelques vêtements, quelques appareils inconnus… Que des vieilleries, comme partout ailleurs dans cette brocante. Cela faisait bientôt quatre heures que je m’égarais dans les longues allées de ce grand bazar aux vieilles choses, disposé juste à l’entrée de la ville. Tout le monde était venu proposer à la vente et au troc les trouvailles et babioles détenues jusqu’alors, pour pouvoir en retirer un peu de profit. Ou pour faire le bonheur de quelques chasseurs d’antiquités, de quelques collectionneurs en tous genres. Je fais partie de cette dernière catégorie.

Je suis venu ici dans le but d’enrichir ma panoplie d’objets à première vue inutiles qui recouvrent les étagères de ma piaule. J’ai déjà là-bas une vieille boussole dans un coffret en bois qui n’indique plus le nord (allez savoir pourquoi !), des lampes cassées, du matériel de crochetage, des carcasses d’appareils ménagers… Et puis, ô miracle des trouvailles, une vieille guitare, une vraie, en bois de cèdre, avec toutes ses cordes. Une vraie beauté. Bon, la caisse est éventrée.

Mais j’ai toujours aimé collectionner ces vieilleries, elles évoquent pour moi tout un temps que je n’ai pas réellement connu, elles transportent avec elles un réel passé, des souvenirs et une histoire qui leur sont propres, correspondant à leur temps d’existence. Des objets qui ont survécu. Depuis une dizaine d’années maintenant je me suis lancé plus profondément dans l’acquisition de ces composantes de mon univers des souvenirs, car l’époque révolue de la domination du monde par les hommes me fascine. Ou peut-être est-ce le fait que cette suprématie humaine se soit effondrée, tombant du haut de son piédestal. J’ai toujours eu tendance à aimer voir le concept de la parité humains-nature se faire lapider. Fiers de notre position. Un peu trop.

Quoiqu’il en soit, je suis là, légèrement fatigué après mon après-midi d’errance d’étal en étal. Et devant moi, un gros monsieur barbu sur sa caisse en bois, et une odeur de caoutchouc brûlé qui plane autour de lui. Un réparateur, sans doute. Enfin, peut-être, parce que ce qu’il propose n’est pas très reluisant. La moitié de ses marchandises sont rouillées, ou il en manque un bout. Le petit groupe de gamins à côté de moi semble pris d’émerveillement pour une vieille boîte à cigares fendue, dont le nom gravé sur le couvercle est presque invisible à cause de l’érosion et du temps. Je me décide malgré tout à acheter pour trois fois rien un sac de billes rougeâtres, elles iront très bien pour ma planche « jouets d’enfance », entre le panda borgne et la maquette des Hospices.

Cette brocante est vraiment une des seules occasions pour tous les résidents de la ville et des alentours de se retrouver tous, de partager aussi bien des marchandises que des paroles. Ma petite balade d’aujourd’hui m’en a encore donné bien des preuves. Une petite famille était toute heureuse tout à l’heure de se faire prendre en photo par un petit malin qui avait dégoté un vieil appareil photo, et qui se faisait un peu d’argent en proposant aux passants de garder un souvenir de leur passage en ce lieu. Ici, chacun est à la recherche de la moindre astuce pour pouvoir s’accorder un peu plus de confort dans sa vie quotidienne. Ca ne me dérange pas, tant que ça ne conduit pas à nuire à autrui, et à créer un climat d’insécurité. Nous n’avons pas besoin de ça maintenant, la routine de la journée est déjà assez pénible, et les conditions de vie également.

- Monsieur, monsieur ! Vous m’achèteriez un fruit ? Monsieur ?
La petite fille qui venait d’apparaître devant moi portait un grand sac rempli de fruits qui devaient être colorés, mais dont l’éclat était terni par la poussière ambiante. Elle me regardait avec des grands yeux magnifiques, entourés par des cheveux cendrés. N’importe quel nouveau venu lui aurait acheté son fruit. Je ne suis pas n’importe quel nouveau venu, et je sais bien que ses fruits ne sont rien que des boules de composants divers ne comportant pas la moindre vitamine.
- Pas aujourd’hui, petite, j’ai déjà donné à la Compagnie.
Un joli mensonge, mais je ne pouvais pas les supporter, ceux-là. Et je devais rentrer, il fallait que j’aille prendre la relève à l’atelier.
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Message Posté le : 14/10/2007 16:13:46    Sujet du message : Publicité

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camille


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Inscrit le: 25 Oct 2006
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Message Posté le : 02/11/2007 16:36:57    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Chapitre 2 : Indice d’existence



Du haut de mon bureau, je regardais l’homme s’éloigner. J’aime bien faire ça : choisir un inconnu dans la foule, et imaginer son existence. Vu sa tenu et ses manières, celui-ci doit être un ouvrier des ateliers des docks. Sans doute seul, sinon il n’aurait pas perdu de temps à acheter une de ces vieilleries poussiéreuses et dépassées. J’aurais pu passer le reste de ma journée à imaginer la sienne. Mais j’ai du travail, quand même.

Je travaille pour la Compagnie. Je suis la Compagnie. Nous sommes la Compagnie. Vous êtes la Compagnie. La Compagnie est partout. Depuis la Catastrophe, elle a envahi nos vies. Elle est dans le café amer qui refroidit sur mon bureau, sur les quais bondés du métro, sous le tas d’ordures au coin de la rue. Vous pouvez la nier, refuser son existence, mettre en doute son efficacité, ça ne changera rien à la réalité : la Compagnie est la seule raison pour laquelle nous sommes toujours en vie, et chacun d’entre nous devrait lui en être reconnaissante.

C’est du moins ce que pensait mon père. C’est lui qui m’a pistonnée pour obtenir ce poste. Il a participé à l’organisation de la nouvelle administration ; il a trimé jusqu’à son dernier souffle pour que tous les survivants aient une place dans ce monde désormais hostile. Et pour quel résultat ? Qui connaît encore son nom aujourd’hui, qui lui est reconnaissant ? Mais l’oubli est toujours mieux que l’hostilité. On a même craché sur son cadavre alors que les ouvriers l’emmenaient au crématorium.

«Tu as tort, l’oubli n’est pas toujours la meilleure solution » me souffle ma petite voix, qui ressemble à s’y méprendre à celle de ma mère. Souvent je lui réponds, parfois même à haute voix, mais aujourd’hui je n’ai pas envie de l’écouter. Bien sûr que si, l’oubli est le mieux. C’est vrai, si je ferme les yeux je peux imaginer que ma tour de verre est entourée par d’autres et qu’à ses pieds s’étend une rue pleine de voitures et bordées de boutiques ; et je rentrerais le soir à pieds, en mangeant un beignet à la confiture de framboise. Mais il n’y a plus qu’une tour à laquelle il manque les dix derniers étages ; les rues animées sont maintenant glauques et sales et personne n’a envie de s’y attarder ; et seuls les enfants croient encore que avant la confiture il y avait des framboises. Il ne sert à rien de regarder en arrière et d’entasser des souvenirs du passé. Le passé est mort, nous devons nous faire une raison. S’y accrocher, c’est connaître le même destin.

Je rejette ma petite voix à la périphérie de ma conscience, et je me plonge dans mon travail. Enfin, c’est beaucoup dire ; il y a longtemps que ça ne me passionne plus. Ma tâche est aussi simple que fastidieuse : chaque jour, je classe par ordre alphabétique puis croissant les indices d’existence de plusieurs centaines de citoyens. J’envoie ensuite la liste directement au terminal du Directoire, la tête pensante de la Compagnie. Avoir accès à ce terminal est un privilège rare et envié, même si je le céderais volontiers au premier venu. Oh bien sûr je ne me risquerais pas à le faire. Ma vie est déjà suffisamment pourrie, je n’ai aucune envie qu’elle devienne pire.

Le temps que je finisse de coder toutes les données, il fait déjà nuit. Les lumières se sont éteintes une à une, et dehors les allées du bazar sont vides. Si je me dépêche, j’arriverai à attraper le dernier métro, et peut-être même que le vendeur aura mis de côté un beignet à la framboise pour moi. Après tout, un faux beignet vaut mieux que pas de beignet du tout.
_________________
Victory is mine (on ne sait pas comment, mais tt finit tjs bien)
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Joris
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Message Posté le : 17/11/2007 13:48:11    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Chapitre 3: Version Alpha

Entreprises, comment être sûr que les produits que vous créez seront appréciés des consommateurs ? Comment savoir combien vous pourrez en vendre à une population donnée ? Comment déterminer si l’intérêt de votre produit suffira à attirer le chaland ou s’il vous faudra engager d’importants frais publicitaires ? Tout autant de questions que vous vous posez et auxquelles les sondages d’opinion ne fournissent que des réponses partielles.
L’idéal ne serait-il pas de tester ce que vous créez directement sur une vraie population ? Imaginez une ville en dehors du temps et de l’espace sur laquelle vous pourriez essayer votre produit, l’améliorer suite aux réactions qu’il susciterait, l’essayer à nouveau et ainsi de suite jusqu’à l’obtention d’un produit événement. Lorsqu’il arriverait ensuite sur les marchés réels, vous seriez certaines de votre succès.
Le Laboratoire de Recherche en Intelligence Artificielle Appliquée travaille, pour vous, à la conception d’une population entière d’IA. Toute une ville d’êtres informatiques conscients, dotés de réactions, de pensées et de sentiments, tels que nous en éprouvons. Une cité d’entités intelligentes sur lesquelles tester vos produits, à moindre frais.
Aujourd’hui, le LRI2A vient de finir de mettre au point la version Alpha de cette ville. Constituée de dix milles habitants, elle est coupée du monde et vit en autarcie. Il est possible de la contrôler par le biais d’un organisme que nous avons implanté à la tête de la société : la Compagnie. C’est grâce à elle que nous pouvons pratiquer des tests et soumettre à la population des produits. Cette ville n’est qu’une première ébauche de ce que le LRI2A s’apprête à réaliser pour vous. Les derniers relevés d’existence, les tests qui permettent de déterminer le niveau de conscience d’eux-mêmes qu’ont les humains électroniques, ont donné des résultats stupéfiants. Nos Intelligences Artificielles sont prêtes.
Le LRI2A s’engage à commercialiser d’ici à deux ans une version Bêta. Une ville plus vaste, plus ouverte et prenant davantage en compte l’influence des facteurs extérieurs sur la microéconomie d’une cité. Nous vous attendrons…

Pour un Monde plus Intelligent,

Les représentants du LRI2A.
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Flyman


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Inscrit le: 11 Nov 2007
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Message Posté le : 17/11/2007 13:59:34    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Chapitre 4 : être.

Comme tous les jours, moi, X37, je rentrais du Devoir. C’est ainsi que la Compagnie nommait ce que partout ailleurs été appelé « travail ».
Comme tous les jours, en quittant la Casse, je passais non loin de la Tour de la Compagnie, ce bâtiment qui héberge les Grands de la Compagnie : les Gestionnaires, les Décisionnaires…
Ils aiment se trouver de belles appellations, ces Privilégiés qui vivent toute la journée à l’abri dans leurs bureaux, bien à l’abri des pluies acides et des radiations du Soleil brûlant la peau à travers les épais nuages noirs...
Cette Tour est le point culminant de la ville, de là ils nous observent, ils nous dirigent...

À la Casse le labeur est éprouvant. Toujours le même objectif ordonné par les Grands : « créer de l’utile » !
Et surtout, à vrai dire, de la valeur.

Notre matière première provient des déchets métalliques glanés dans la ville et ses environs.
Le matériel mis à notre disposition par la Compagnie est rudimentaire. « On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a ! » comme je dis toujours.
Le ‘système D’ est de rigueur. Toujours sous pression, vite, il faut faire vite. Toujours plus vite.
La solde accordée n’est pas très élevée, elle permet de vivre...
De survivre plus précisément…

Alors que je poursuivais mon chemin, le dos courbé et la tête basse, je croisai un type un peu loufoque qui semblait satisfait des emplettes qu’il venait d’effectuer à la brocante.
Je ne parviendrai jamais à comprendre ces gens.
Il était déjà bien assez difficile de survivre, à quoi bon collectionner des babioles inutilisées…
Encore un Privilégié, certainement…

Peu importe.

L’odeur de la terre frappée par la dernière pluie acide me remonte aux narines. Je ne peux pas dire que c’est désagréable -de toute façon on est bien obligé de s’y faire- mais c’est toujours une étrange sensation..

Je continuais ma route vers mon lieu de repos, les Dortoirs qu’ils appellent, un quartier en périphérie de la ville. C’est là qu’ils nous parquent quand on ne travaille pas à la Casse.
La Compagnie régit ma vie toute entière...

Je n’ai pas connu la Catastrophe. Trop jeune.
Les récits de « l’Avant » font état d’une société malade, en pleine crise...
Enfin c’est ce que dit la Compagnie...
Il parait qu’on a pas à se plaindre...

Je travaille pour la Compagnie. Je suis la Compagnie. Nous sommes la Compagnie. Vous êtes la Compagnie. La Compagnie est partout...

Partout.

Ma vie appartient à la Compagnie.

X37, ils n’avaient même pas pris la peine de me donner un nom…
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Dernière édition par Flyman le 27/02/2008 13:55:19; édité 1 fois
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Loutre


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Messages: 3
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Message Posté le : 17/11/2007 17:14:24    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Chapitre 5 : Nouvelle génération

« T'as vu celle là ? Elle pourrait en faire un super !.. »

Moi et mes copains, on est en train de reluquer une boîte rouillée, mais encore utilisable pour fabriquer un piège. Oui, un piège, vous savez : pour attraper les lapins. Il y en a plein en ville, c'est pour ça qu'on préfère vivre ici ; les gens pensent qu'ils sont plein de maladies parce qu'ils ont survécu à la Catastrophe, mais nous, on sait bien qu'ils sont bons à manger. Le plus dur, c'est de trouver un truc pour faire du feu. Parfois on tombe sur une aubaine : un bidon abandonné qui brûle, ou on arrive à prendre un briquet dans les poches des passants ; mais sinon, on est bien obligés de les manger cru. Avec un bon bout de métal tranchant, ils sont faciles à ouvrir, et ne saignent pas beaucoup ; et puis la peau peut faire un bon bonnet si on est doué. Ca pue un peu, mais moins que les pluies acides.

Un coup d'oeil vers le gros monsieur qui vend la boîte.. Il n'a pas l'air commode, on pourra pas la lui piquer aujourd'hui. On essaiera plus tard. De toute façon, voilà Stia qui revient vers nous, l'air énervée.

« Alors Stia ? mauvaise journée ?
-Tu parles, encore un qui ne m'a rien pris ! Pourtant j'ai fait le cinéma habituel, les grands yeux et tout mais.. »

Elle hausse les épaules et secoue la tête, les sourcils froncés. C'est la plus grande de notre bande, alors c'est un peu notre chef. C'est elle qui nous a appris comment fabriquer un piège, comment faire pitié aux passants, comment trouver de l'eau pas trop contaminée à la sortie des égouts de la grande Tour, comment voler... Comment survivre, quoi. On l'aime bien, Stia. À nous tous, on est un peu une famille. On a besoin de ça, parce que tous seuls, on survivrait pas ; et nos parents sont soit morts des maladies, soit ils ont été engagés au Devoir, et on sait pas trop ce qu'ils sont devenus. De toute façon, on a appris à pas être trop sensibles, sinon, on risque de plus être capables de voler ou tuer les lapins, et sans ça, on peut pas vivre. Moi je suis le plus habile de la bande pour fabriquer des pièges, d'ailleurs je sais fabriquer plein d'autres trucs avec les composants qu'on trouve ; le mois dernier j'ai même fait un gros piège à chien, super résistant et tout, mais on en a jamais trouvé, de chien.Je sais comme tout le monde que c'était un animal qui existait et qu'on mangeait avant la Catastrophe, mais je suis pas sûr qu'il ait survécu. Je crois qu'on m'a encore raconté une histoire.

« Aller, vaut mieux rentrer avant que la Protec' ne passe ! »

Elle a raison :faut pas trop s'attarder dans le coin. On rigole pas avec la Protection : si jamais ils nous attrapent lors de leurs rafles, on peut être sûrs d'aller dans les Centres de Préparation au Devoir et de finir comme ces gens un peu bizarres, comme des robots, qu'on croise partout. Ils font un peu peur, mais ils sont faciles à voler. Il paraît que dans les Centres, ils nous mettent des machines sur la tête pour apprendre seulement ce que la Compagnie veut. Nous, on sait pas trop ce qu'on va devenir ; certainement pas des Privos, mais au moins, on sait se débrouiller sans la Compagnie.
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tietienne


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Localisation: R6 203 dans le lit, sous la couette

Message Posté le : 17/11/2007 20:18:59    Sujet du message : Chapitre 6 : Kitétoi? Répondre en citant

Chapitr 6 : Kitétoi?

Salut à toi gamin, petit bout de marmot. Comment se passe ta non-journée?

Ah ah ! Tu détournes la tête, fais semblant de ne pas voir le parleur. Hop, disparu de ton esprit le vieux shnock tout diguediglingué. Eh bien quoi ? Tu penses que je suis un pervers ? Ou pire, plus que pire, un ramasseur de la Compagnie, une de ces sacrées brutes de la Protection ?

Tu n'as pas à te méfier de Trime, ce n'est qu'un vieux mariole fatigué, un conteur qui en a vu des belles depuis la Catastrophe.

Tiens, ça à l'air de t'intéresser tout à coup. Encore un rêveur qui voudrait savoir comment c'était avant hein ? Ah l'Avant, cet endroit si mystérieux, si attirant, même quand il était aussi morne qu'un vigile de la Protection à sa troisième heure de garde. Mais après l'Avant et avant ton maintenant il y a eu quelque chose pas vrai ? Le grand chambardement, le bon vieil Armageddon qui a ramené ses gros souliers. Et ça, ça vous rend tout à fait attirant tout ce qui lui était antérieur.

Mais ne me regarde pas avec ces grands yeux voyons ! On a bien du t'en parler un brin durant les magnifiques Stages de Formation de notre Chère Compa-pa, Compagnie, "Avec Nous Personne Ne Rit!!". Quoique, à voir ta dégaine tu n'as pas du beaucoup les pratiquer ces fameux Stages. Du genre "Enfant Perdu" pas vrai ? Sûr que ça doit te faire rêver cet Avant remuant, titillant, vibrionnant...

Alors écoute gamin, si tu veux un jour en savoir plus sur le splendide et peu ragoûtant monde où tu vis, viens voir le vieux Trime quand il traîne dans les terrains vagues. Il pourra te révéler sur ton univers de choses tout à fait "euhneubeuliveuboles" (ça veut dire incroyables). Tu sauras peut-être enfin pourquoi le "jour" c'est quand on allume les lumières, la "nuit", quand on les éteint, et tant d'autres merveilles...

Mais en parlant de nuit, elle va bientôt finir par tomber et son couvre feu de plomb avec elle. Alors va vite te cacher des méchants protecteurs. Va, cours, vole, rejoins ton abri. Et ne t'inquiète pas pour le vieux Trime, il y a longtemps qu'il n'a plus besoin de Protection.

Mais rappelle-toi : cherche Trime dans les terrains vagues, et amène tes amis si tu veux. Maintenant file comme l'éclair, ou comme l'antilope à toi de choisir (même si tu ne sais pas ce qu'est une antilope). Alons file, file...
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Savoir se moquer de soi avant de se moquer du reste.
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Ntonio
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Message Posté le : 22/11/2007 20:37:07    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Chapitre 7 : Qui ne tente rien n'a rien


Il est presque décourageant de voir comme les gens ici ne se posent pas de questions. Ils ne se demandent pas de quoi est fait leur entourage, quel est l’origine du monde dans lequel ils vivent. Jusqu’à présent, toutes parmi les personnes que j’ai pu rencontrer ici, toutes sans exception ont répondu à ma question « pourquoi vous faites ce que vous faites dans votre quotidien ? » par une seule et unique réponse : « il faut bien travailler pour survivre ! ». Oui, d’accord, mais survivre pour faire quoi ? Pour pouvoir se battre encore le lendemain contre les maladies que nous filent tous les jours les lapins qu’on croise en travers de la rue (j’ai encore vu des dizaines de bambins en attraper ces derniers jours !) ? Pour aller se battre dès que la Compagnie sort de ses entrepôts la moindre victuaille qui changent des conserves et nourritures liquéfiées quotidiennes ? Pour aller chercher dans les décombres jour après jour de nouvelles protections, de nouvelles toitures contre tout ce qui nous tombe du ciel ?

Les gens ici sont zombifiés. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, pas plus loin que le bout de leur journée. Eux, parfois leur famille, et puis leur boulot. Ou leur absence de boulot. Il y a ceux qui triment tous les jours, qui partent des Dortoirs après avoir à peine fermé l’œil, qui vont au Devoir, à la Casse, et qui reviennent encore plus fatigués que la veille, pour quelques maigres heures de sommeil et à peine de quoi se ravitailler. Il y a ceux qui, au contraire, cherchent par tous les moyens à fuir la Protection, à fuir la Compagnie dans son ensemble, tout en cherchant à pourrir le système par derrière, à s’en servir pour survivre. Et puis, bien sûr, il y a la Compagnie, ces « Privilégiés », ceux qui bossent dans la Tour, dont on ne sait rien mais qui font comme s’ils faisaient tout, qu’on leur devait tout. On ne les a jamais vus, du moins pas ceux qui aiment se faire appeler les Décisionnaires, on ne voit en général que les sous-fifres, ceux qui chapeautent les ateliers…

Bref, je ruminais ces sombres pensées depuis un bon bout de temps, quand j’ai échangé quelques mots avec un vieillard, hier. Un vieillard qui aurait pu passer comme n’importe quel survivant d’ici : le teint gris, les cheveux rares, la peau sale et attaquée… Il parlait tout seul, et alors que je passais à proximité, j’ai été intriguée par ses monologues. Il s’en est suivi une très brève discussion, qui me fut instructive, bien qu’il ne semblait pas beaucoup m’apprécier dans mon genre. Trop banale de visu, j’imagine.

Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé auprès de lui, à travers ce dialogue, comme une lueur d’espoir, comme quoi je n’étais pas la seule à me poser des questions. Des questions sur l’origine, et sur les limites de tout cela. Les limites de notre survie, et même, plus simplement, les limites de notre monde. Car, à ce que je sache, jamais personne n’a encore eu l’idée de s’éloigner de la communauté pour voir ailleurs, pour savoir si ailleurs ce serait mieux. Ou autre chose. Pour voir. Trop habitués à notre routine de survie, nous n’avons même pas la curiosité d’imaginer et même de tester un autre mode de vie.

Et c’est bien pourtant ce que je compte faire. D’après toutes mes remarques, d’après tous les retours que je peux avoir d’autrui, je n’ai jamais été quelqu’un de remarqué. Je n’ai jamais été l’objet d’attirance, quelle qu’elle soit, et encore moins l’objet de soupçons. Ce côté qui en ferait déprimer beaucoup (et donc mourir), j’ai la conviction de l’utiliser pour tenter l’impossible : sortir d’ici.

Je crois que ce qui est arrivé pile au moment où je me répétais cette conviction fut plus qu’un signe : j’étais à proximité de la Tour, dans la rue principale qui mène aux entrepôts, quand le ciel sembla exploser. Une détonation assourdissante, suivie du crissement du métal contre le métal, et d’un bruit effroyable de tôle froissée. Mon premier réflexe fut de me réfugier dans des éboulis proches pour me protéger. Dans tout ce fracas qui continuait encore, une formidable onde choc me fit perdre l’équilibre, poursuivie par les cris des passants et des travailleurs restés sur la route. Très rapidement, un grand nuage de poussière et des débris volants épars me gagna, accompagnés par une odeur de caoutchouc brûlé, ce qui me força à mettre ma main sur ma bouche et mon nez. J’ai attendu quelques temps dans mon abri le temps que les chosent se calment, puis j’ai jeté un œil par-dessus les gravas. Un fort joli spectacle, qui finit d’accélérer mon cœur : le métro aérien, le métro si cher à la Compagnie, le métro que seuls les Dirigeants de la Tour peuvent emprunter, cet espèce de sale bestiole en métal rouillé qui hurle tous les jours au-dessus de la rue, bref, cet objet qui symbolisait presque à lui tout seul mon aversion pour la Compagnie était tombé de son piédestal pour venir s’écraser au beau milieu de la rue, explosé en mille morceaux fumants, finissant de faire s’écrouler les murs voisins, et sans doute entraînant dans sa chute la vie de plusieurs passants… Le métro était mort. Vive le métro. Mort.
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Joris
Administrateur

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Inscrit le: 05 Nov 2006
Messages: 25

Message Posté le : 23/11/2007 13:29:30    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo Répondre en citant

Chapitre 8: Bug

« Le LRI2A en eaux troubles »

Suite aux nombreux dysfonctionnements qu’a dernièrement présenté la version Alpha de leur simulateur de population, le LRI2A traverse en ce moment une période de difficultés. Il ne serait pas capable de livrer dans les délais la version Bêta. Afin de financer leurs recherches, les dirigeants du LRI2A se sont déjà engagés auprès d’un grand nombre de sociétés. Le monde de l’entreprise en général attend beaucoup de leur simulateur. Cependant, les possibilités de retard qui planent actuellement sur leur programme risquent de jeter de façon durable le discrédit sur leurs travaux.
Dans la conférence de presse qu’a donné ce matin le président du LRI2A, les renseignements relatifs aux bugs survenus sur la version Alpha se comptent sur les doigts de la main. Les questions concernant ce point particulier ont toutes été soigneusement éludées. D’après le peu d’informations qu’a bien voulu laisser filtrer le LRI2A, le problème viendrait de ce que les chercheurs ont appelé la Compagnie, à savoir l’interface entre la population d’IA et les utilisateurs. Nous n’en savons cependant guère plus. Le seul point dont nous sommes certains est que la version Alpha est désormais inutilisable. Tout les travaux doivent par conséquent être repris à zéro, ce qui explique les risques de retards annoncés. Lorsque l’équipe de Technéo a voulu savoir si la version Alpha avait été détruite, le président n’a pas souhaité répondre.

A.R

Article paru dans le mensuel Technéo, le 1/08/09.


Dernière édition par Joris le 10/01/2008 19:53:07; édité 2 fois
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Message Posté le : 23/11/2017 21:03:50    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème post-apo

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