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Histoire multi-plume : thème steampunk
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Joris
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Inscrit le: 05 Nov 2006
Messages: 25

Message Posté le : 06/10/2008 12:24:18    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème steampunk Répondre en citant

Rappel du principe : pas de principe (pour le moment.) Et la seule obligation : l'univers est steampunk (avec des machines, de la vapeur, des dirigeables et des chapeaux haut de forme.)

Chapitre 1 (ou prologue, c'est vous qui voyez)

Les vastes étendues de pulicaires ondoient sous une brise froide venue du Nord. Au loin, une imposante masse sombre se découpe sur le ciel de cristal. Elle glisse au dessus de la prairie de fleurs closes, le bois lustré de son fuselage accrochant par instant les rayons de la lune. Le vent apporte par vague les échos de sa musique. Crissement de vérins, sifflements de vapeur chaude et pulsations sourdes de larges roues à aubes. Ses hautes tourelles crachent d’épaisses fumées, zébrant la nuit claire de longs rubans noirs.
Prostrée à l’abri d’un buisson d’aigliane, une ombre attend. L’obscurité ne laisse deviner d’elle qu’une silhouette grise et longiligne. Elle se tient parfaitement immobile, le col d’un grand manteau remonté sur la nuque. A intervalles réguliers, sa bouche abandonne à l’air frais du soir de petits nuages de condensation. Ses doigts gantés manipulent les mollettes de cuivre d’une paire de jumelles.
Derrière les oculaires, deux yeux en amande s’étrécissent. Les lumières de la nef scintillent dans le lointain. Un millier de lampes à pétrole constelle le gigantesque appareil d’autant d’éclats dorés. Brillamment éclairés, on devine à l’avant les sphères vitrées des postes de commandement, et sur les ponts supérieurs, les grands hublots des salons d’apparat.
Ils ont réduit la vitesse. A l’arrière, les queues de métal articulées ne battent l’air plus que mollement.
L’ombre repose ses jumelles et réajuste son col. Un éclair de peau blême se fait voir, avant de disparaître dans les plis d’un foulard de soie noire.
Elle a du temps, la nef ne sera pas là avant une demi-heure. Elle se baisse et vérifie les courroies de sa valise.

L’appareil approche. Le vent joue avec la toile huilée des voilures et sème dans le ciel calme un bruit de froissement continu. Les câbles d’arrimage trop tendus grincent, couvrant par moment de leurs cris aigus le roulement sonore des engrenages. Des étages de courtines, de tours et de ponts bouchent désormais l’horizon et plongent la prairie devant elle dans une nouvelle obscurité.
L’ombre s’est repliée sur elle même, attendant que passent au-dessus d’elle les éperons d’airain qui précédent la nef. Elle s’accroupit sur le sol et lève les yeux.
Son souffle se bloque un instant dans sa gorge. Enchâssés dans un maillage d’acier et de cuivre, les postes de commandement sont là, dix toises au-dessus d’elle. A travers les vitrages, elle peut discerner les silhouettes trapues de l’équipage gobelin. Brève vision de tableaux de bord vernis, de roues de gouverne rutilantes et de galons scintillants, vite emportée par l’avancée rythmée de la nef de métal. Le ciel s’efface pour peu à peu laisser place au ventre immense de l’appareil. Le vacarme est assourdissant. Les pales de plusieurs centaines d’hélices de suspension couchent les herbes sur le passage de la machine. L’air vibre et s’emplit d’une odeur vive de charbon et de métal chaud.
L’ombre a relevé la tête. Son manteau claque dans le vent généré par l’appareil. Son regard glisse le long des volutes d’acier, des coques de chêne gris et des tubulures de fonte noire. Là bas, des bouches d’aération laissent échapper des traînées de brouillard bleu. Par delà se trouvent les alignements de sphères de ramassages.
Ils les ont remontés pour la nuit. Toutes sauf une, comme convenu. Le siège monté sur gyroscopes rase les touffes de pulicaires, libérant dans l’air du soir des nuages de pollen.
L’ombre se redresse. Ses jambes sont repliées sous elle, prêtes à se détendre d’un coup. Elle baisse brièvement les yeux pour resserrer une dernière fois les courroies de cuir de sa valise à dos, avant que le monde ne disparaissent soudainement dans le souffle de vapeur moite que vomissent les grilles de ventilation. Une seconde. Deux secondes. Trois secondes. Lorsque la brume se dissipe enfin, le siège est là, à quelques mètres. L’ombre bondit.
Elle atterrit souplement sur la sphère de ramassage. L’air siffle autour d’elle. Les fleurs, tâches grises dans la nuit, filent à grande vitesse sous ses pieds. L’ombre lève les yeux ; la trappe d’accès est ouverte. D’un geste fluide, elle se hisse à travers l’ouverture et se redresse dans une galerie aux murs de métal cuivré. Ses yeux parcourent rapidement les environs. Personne. L’ombre laisse échapper un soupir. Elle s’immobilise un instant pour reprendre haleine. Les veilleuses qui éclairent le couloir jettent des éclats rouges sur son manteau.
Des leviers de commande sont disposés à intervalle régulier le long du mur de la galerie. Un seul d’entre eux est descendu. L’ombre s’en approche. Sa main gantée saisit le pommeau et le remonte. L’ombre tourne alors les talons et s’éloigne. Dans son dos oscille la valise de cuir.
A l’extérieur, des vérins hydrauliques se sont mis en branle et remontent lentement la sphère de ramassage. Des portes métalliques s’entrouvrent, happent la sphère et se referment en grinçant.
La nef poursuit sa route. Il ne s’est rien passé.


Dernière édition par Joris le 15/10/2008 18:33:39; édité 3 fois
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Message Posté le : 06/10/2008 12:24:18    Sujet du message : Publicité

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Coline


Hors ligne

Inscrit le: 18 Nov 2006
Messages: 16
Localisation: Le campus le plus bô du monde

Message Posté le : 09/10/2008 21:22:06    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème steampunk Répondre en citant

Je peux? Ben oui, comme j'ai plein beaucoup de cours, je m'ennuie un peu... Donc je me suis mise au clavier.
N'ayant malheureusement pas une exacte représentation de ce qu'est le "steampunk", j e me suis contentée de suivre l'univers de Joris... Avec moins de détails, sorry.
D'autre part, je n'avais plus les mots délirants de notre récit sandwich en tête (même si les gobelins ramasseurs de pulicaires ont éveillés quelques souvenirs en moi...) alors, j'ai rien mis de bizarre... (ça en deviendrait presque chiant, là...) Mais du coup, j'ai mis de l'action tout plein!!
Si c'est nul, c'est pas grave, je peux recommencer différement, ou plus tard... J'ai le temps!!!


« Ma chère, vous êtes absolument éblouissante. Vous risquez de rendre nos cousins provinciaux bien jaloux! »
Malgré la finesse de la taille de sa robe, et son col très haut, Marylin paraît tout à son aise. Un lourd collier argenté rappelle ses nombreux bracelets, qui tintent sous ses manches de dentelles.
« Voyez-vous, Milord, habiter en ville implique certaines obligations. Entre autres, celle de paraître toujours plus en avance sur la mode vestimentaire qu'on ne l'est réellement. Il est donc presque plus difficile de s'habiller pour un dîner chez des cousins provinciaux que de paraître au bal de l'impératrice! »
Se sachant attendus à la sortie, les deux jeunes époux ont préféré se préparer durant les dernieres minutes du vol. Lord Poleskine fume maintenant un cigare, assis sur le large sofa, avec des gestes quelque peu nerveux.
« Tout de même, je ne voudrais pas que nos cousins nous trouvent trop distants, et nous prennent pour des citadins imbus de leur position. Vous serez charmante avec eux, comme vous savez si bien l'être, n'est-ce pas, Marylin? »

Il n'a pas le temps d'entendre la réponse que Marylin n'a d'ailleurs pas eu le temps de formuler. Le bruit de la porte le fait se retourner, mais avant qu'il n'ait pu voir plus qu'une ombre se profiler dans le vestibule, la grande lampe à pétrôle, qui suffit à éclairer toute la pièce, éclate, projetant du verre dans toutes les directions. La pièce est soudainement plongée dans une obscurité totale, que la lueur des étoiles ont bien du mal à dissiper. Marylin se met à hurler.

Lord Poleskine bondit, se précipite vers le vestibule, qui bien sûr est déjà vide. Remit de sa première frayeur, il ouvre la porte, et la lumière du couloir rend quelques couleurs à la pièce. Marylin se précipite vers la lumière, et une fois dans le couloir, continue à crier :
« Au voleur! A l'aide! Au secours! »

Alors que les premiers intrigués sortent de leur suite, Lord Poleskine pénétre de nouveau dans la pièce. Une ombre s'agite dans le coin le plus sombre.
« Vous n'irez pas loin, la seule issue est condamnée. Rendez-vous calmement, et nous pourrons arranger cette affaire sans trop d'histoire pour vous. »
Ces paroles n'ont pas l'effet escompté. L'ombre referme d'un coup sec une valise, la jette sur son dos, et se saisit d'une lourde chaise de chêne posée près des fenêtres. D'un puissant coup, elle fracasse l'une d'elle. Aussitôt, un vent violent balaie la pièce. Des papiers volent, une table supportant un énorme vase se renverse, la porte de la garde-robe, restée ouverte, se met à claquer. Le bruit du vent couvre le vacarme ambiant. Lord Poleskine, se protegeant la tête avec ses bras, ne peut que regarder la silhouette sauter par la fenêtre sur le pont supérieur, et disparaître rapidement.
Il se précipite dans le couloir, cherchant la porte la plus proche pour accéder au pont supérieur. Lorsqu'il est dehors, toutes traces de l'agresseur ont disparu. Il arpente le pont, cherchant une indication. Alors qu'il va descendre vers le pont inférieur, un membre de l'équipage s'approche de lui.
« Lord Poleskine. Votre épouse nous a prévenu de l'agression dont vous avez été victime. Une équipe est déjà en train de fouiller le vaisseau. Malheureusement... Enfin, comme vous le savez, nous arrivons dans quelques instants, nous sommes donc à basse altitude, et à vitesse réduite... »
« Au fait, Monsieur. » réplique Lord Poleskine, contenant avec difficulté la fureur dans sa voix.
« Et bien... Il est fort probable qu'il ait sauté, My Lord, ce qui rendrait toute recherche inutile ».
« Monsieur, je veux que ce vaisseau soit fouillé de fond en comble, et ce avant toute liaison avec le sol. S'il reste une chance de le coincer, ce sera bien à bord. »
« Ce sera fait, My Lord. Pourriez-vous nous décrire précisément ce qu'il s'est passé, et les objets qui vous ont été dérobés, afin que nous puissions, le cas échéant, orienter une enquête? »
« Je vais vérifier le contenu de notre suite. » répond Lord Poleskine et il ajoute à mi-voix « Et l'état de mon épouse... »

Marylin, bien que feignant une terrible frayeur, et un léger malaise, se releve aussitôt qu'ils sont seuls.
« Milord, il ne peut s'agir que d'une chose, n'est-ce pas? »
« Marylin, ma chère, vous avez bien évidemment raison. Elle a disparu. Et notre agresseur savait parfaitement où chercher. Il s'est dirigé directement vers le coffret, et je suppose que sa valise contenait un instrument permettant de s'en saisir. Rassurez-moi, vous n'en avez rien dit au commandant? »
« Vous vous moquez, Charles? Bien sûr que non. Bien. Il nous faut inventer une histoire, pour ces gens-là. »Marylin se dirige vers sa garde-robe, y saisit un petit coffret, en retire un colllier de perles qu'elle glisse dans son corsage. Elle jette ensuite le coffret au pied de la fenêtre. »Voilà, cela devrait leur suffire. »
« Vous êtes merveilleuse, ma chère. Mais maintenant, une entreprise plus complexe nous attend. Il nous faut la retrouver... »
_________________
C'est en écrivant qu'on devient écriveron.


Dernière édition par Coline le 20/10/2008 17:20:30; édité 1 fois
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tietienne


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Message Posté le : 12/10/2008 21:22:33    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème steampunk Répondre en citant

Voila une nouvelle partie. Si quelqu'un à des réclamations quand aux noms ou autre, n'hésitez pas à en parler dans le topic prévu à ce effet. Si vous voulez des explications aussi. J'ai essayé de mettre le plus possible de pistes, libre à vous de choisir celles qui vous plaisent le plus.



« APPROCHEZ APPROCHEZ!! CAMBRIOLAGE SUR LE JORMUND!! LE COLLIER DE LADY POLESKYNE DEROBE AU BEAU MILIEU DES AIRS!! TOUS LES DETAILS DANS L'EDITION DU MATIN!! APPROCHEZ!! LA CONSTRUCTION DE L'YGGDRASIL PREND ENCORE DU RETARD... »

« Dégage de mon chemin! » grogne Acre en direction du gamin qui lui agite son fichu papier sous le museau. Le gosse, pas impressionné pour deux sous se tourne vers une nouvelle victime. Et se remet à hurler. Inlassablement. Fichus journaux. Dès qu'il y a une mauvaise nouvelle il faut qu'ils se jettent dessus. Une bande de corneilles, de corbeaux et de vautours, rien de plus.

Il continue sa route dans l'avenue bondée, sans se soucier des regards des hommes biens comme il faut derrière leur monocle et des coups d'œil effrayés des jeunes filles en robes de dentelles. Sans se soucier des gens qui s'écartent instinctivement quand il se dirige vers eux. Il a l'habitude. Et aujourd'hui il a autre chose à faire que prêter attention au dégout à peine caché des gens bien-pensant.

Le chantier a besoin de matériaux, des matériaux qui aujourd'hui n'arrivent pas. Il va faire en sorte qu'ils arrivent. Il n'a qu'à aller convaincre les fournisseurs qu'il est dans leur intérêt de réserver leurs meilleurs matériaux pour l'Yggdrasil, comme le recommande un arrêté municipal. Comme le souhaite vivement la famille impériale.

Acre grimace un sourire sans joie. Il aura peu de difficultés à se faire entendre. Il n'est pas bien dur de convaincre des employés de bureau lorsque l'on mesure deux mètres, qu'on a une musculature de taureau et la tête dudit animal. Ils jurront leur grand dieux qu'ils vont suivre la directive, et ils le feront. Au moins quelques jours. Ensuite ils ''oublieront'', et Acre devra revenir leur rafraichir la mémoire.
Comme il débouche sur Greenhill Avenue il ne peut s'empêcher de lever les yeux vers l'immense pilier qui recouvre le quartier de son ombre. Le mélange de fierté, de haine et de honte habituelle l'étreint. Encore, il se rappelle la chaleur des poutres de fonte, la brulure des chaines. Les yeux vides des gardiens et leurs rires. La soif surtout, c'était le pire, à monter ces poutres l'une après l'autre avec la sueur qui dégoulinait dans votre dos, qui roulait pour aller faire plic-ploc sur la poutre en dessous.

Le jeune minotaure aspire une grande goulée d'air frais et repart. Les slogans et les discours lui reviennent en mémoire. Le temps de la réconciliation, enfin là. Tous ensemble, construire l'Yggdrasil. Oublier le passé et les erreurs commises.

Quand il marche dans la rue, il a l'impression que beaucoup seraient ravis de les commettre à nouveau, ces erreurs.

Au bout de dix minutes de marche, il sort enfin de l'ombre du pilier. Du quartier où il se trouve on n'apercevait que lui. Les rayons du soleil le faisaient étinceler, cet amas de poutres en cuivre, ces étais en bois de fer. Les tuyaux et les engrenages qui acheminaient tout le nécessaire à la plate-forme, tout là-haut, deux-cent mètre au-dessus de la ville. Cette plate forme que rejoignaient les deux autres piliers, à des lieux d'ici. Cet immense toit au dessus de la ville, le toit de Cascade. Et sur la plate forme, la tour qui continue à monter, toujours plus haut. L'Yggdrasil. Et au-dessus, flottent les terres célestes.

Haine, honte, fierté. Allons, si il en finit rapidement avec les marchands, il aura peut-être le temps de travailler aux plans de l'étage supérieur, avant l'inspection des travaux. On peut espérer monter de deux bons mètres aujourd'hui. Le chantier avance bien et il ne faut pas se retrouver à cours de plans. Ne pas prendre de retard. Ils sont déjà assez nombreux à trouver scandaleux qu'une bête à moitié humaine fasse partie des architectes de la merveille du monde occidental.
_________________
Savoir se moquer de soi avant de se moquer du reste.
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Thomas
Administrateur

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Inscrit le: 20 Oct 2006
Messages: 13
Localisation: INSA R3 1730

Message Posté le : 23/10/2008 10:10:44    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème steampunk Répondre en citant

Bonjour les gens !
Je sors de ma caverne pour apporter ma modeste contribution à l'édifice.
J'espère que ça vous plaira et que vous avez plein d'idées pour la suite Razz




L'ouverture de la porte de la demeure déclencha une tempête de flashes de magnésium. Lord Poleskine se couvrit instinctivement les yeux et recula d'un bond. Un domestique claqua la porte sur la clameur et le crépitement provenants du dehors. Lady Marilyn qui descendait l'escalier, drapée dans un grand manteau de fourrure, lança à son mari :
- Quel succès, Grega !
- Oui, Milady, vraiment, c'est exquis, répliqua Lord Poleskine en se frottant les yeux. Mais voyez vous, autant un pareil accueil, venant de la meute, me remplit de joie...
- Vous irez à la chasse une autre fois, très cher, dit sa femme avec un sourire, en finissant d'enfiler ses longs gants. Pour l'instant, je crois bien que c'est bel et bien la place du gibier qui nous échoit.
Il lui prit galamment le bras, et ils se mirent en position devant la porte d'entrée. Lord Poleskine fit un signe au domestique cramponné à la poignée, que la rumeur orageuse provenant de l'extérieur semblait rendre plus que nerveux.
- Allons affronter le vaste monde, soupira Marilyn.
A ces mots, la porte s'ouvrit sur une nouvelle avalanche de lueurs aveuglantes, et le couple plongea au coeur de la masse des journalistes.
- Lord and Lady Poleskine, quelle joie de vous voir !
Marilyn fit un rapide saut dans sa mémoire des noms pour retrouver qui était l'homme qui venait ainsi de les accueillir, bras grand ouverts. Plutôt jeune. Donc pas un militaire. Pas habillé de façon écœurante. Donc pas un noble. L'air affable. Donc pas un religieux.
- Lady Marilyn, toujours aussi élégante ! Resplendissante comme une bielle chromée !
Ingénieur. Fred Rompton. Britannien. Travaille pour son mari. Trouvé.
- Monsieur Rompton, s'esclaffa-t-elle, vous au moins vous savez parler aux femmes !
Les britanniens, Milady, soupira un grand homme aux cheveux blancs en les rejoignant, ont la caboche trop dure pour assimiler à la fois la galanterie et l'humour.
Sans cesser de sourire, Marilyn soupira intérieurement. La meute enragée des journalistes n'avait été qu'un distrayant apéritif par rapport à ce qui allait suivre. Après les chiens... les crabes.
Rapidement, le couple fut entraîné au coeur de la réception, et un groupe se forma bien vite autour d'eux. Au milieu du ballet des robes de soirées mirobolantes, des costumes noirs obsidienne et des uniformes étincelants, Marilyn, bien plus à l'aise que son mari dans ce genre de situations car rompue à l'exercice, entama les hostilités avec un jeune industriel au regard perçant.
- Monsieur Delmarre, lança-t-elle à brûle pourpoint, comment vont vos affaires ?
L'homme pris au dépourvu n'eut pas le temps de lever son arme, car Marilyn porta directement l'estocade.
- Je me suis laissé dire que ça n'allait pas fort. Manqueriez vous de fonds ?
- Ah, Milady, la période n'est pas des plus propices, mais je n'en suis pas encore à aller voler dans les sacs des dames.
Sous les rires de l'assistance, elle arbora un aussi grand que faux sourire. Jolie riposte. Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer.
- Vous m'en voyez ravie, monsieur. Comme vous le dites, la période n'est pas vraiment à l'euphorie.
- M'autoriserez vous cependant à poursuivre ma réception, Milady, ou pensez vous que je risque l'inconvenance? demanda un homme d'âge mûr, d'une élégance rare, arborant une moustache que certains qualifiaient de « légendaire ».
- Herr Schimmelpfennig, s'esclaffa Lord Poleskine, venant au secours de sa femme, vos réceptions sont un tel délice, que même si le fer cessait subitement d'être magnétique, je ne voudrait les manquer !
La seconde d'hésitation qui suivit fut heureusement interrompue par le grand rire de Rompton, qui manifestement, avait trouvé ce que cette idée avait de si comique.
La soirée se poursuivit ainsi de la façon la plus ordinaire du monde, entre les anecdotes amusantes et les piques acérées, puis on passa à table. La conversation tourna un moment autour de l'avancement de l'Yggdrasil qui prenait du retard. Chacun y allait de son explication, tout en prenant garde de ne froisser personne, ce qui bien sûr était quasiment impossible. La Réconciliation avait encore beaucoup de chemin à faire. L'acier de Britannie arrivait trop lentement, les ingénieurs d'Acadie prenaient leur temps, et plus que tout, la collaboration entre les peuples semblait bien difficile sur les échafaudages, bien que les contremaîtres cosaques se défendaient de toute discrimination.
- Sur ce point, insista un notable gnome, perché sur ses coussins, je men tiens à ce que j'ai vu. Et croyez moi, nous autres sommes plus que mal venus sur ce chantier.
- Maître, demanda Marilyn, allez vous nous dire que les crimes abominables dont ont été victimes les gobelins continuent à avoir lieu ?
- Non pas, Milady, répondit le gnome avec un regard perçant. Mais nombreux sont ceux qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur parce-qu'une partie de leur corps n'est pas « pure »...
Lady Poleskine fit mine de ne pas remarquer le regard appuyé que son interlocuteur venait de lancer en direction de l'ecclésiastique qui occupait une place de choix auprès de leur hôte.
- Pourtant, dit un voisin de tablée, je me suis laissé dire que certains d'entre eux étaient très appréciés pour leurs capacités physiques hors du commun...
- Bien sûr, grinça le gnome, mais on oublie parfois qu'une tête hideuse peut cacher une intelligence puissante ! Je connais un des architectes, qui est un minotaure...
- Un mino...
- ... et bien sachez que sont esprit n'a rien de bovin ! On le brime car il est meilleur que certains ânes bâtés du Bureau ! On lui vole ses inventions !
- A propos de vol, s'exclama un autre voisin, la bouche à moitié pleine. Lady Marilyn, vraiment quel malheur vous frappe !
Si le silence ne se fit pas autour de la table, du moins l'attention se focalisa-t-elle soudain sur le couple Poleskine.
Enfin, on y venait, pensa la jeune femme. Son mari hocha imperceptiblement de la tête, lui laissant ainsi la parole. Elle inspira calmement, et arbora un sourire triste.
- Ah, Lord Coatmaker, vous avez bien raison.
- J'ai lu que le vol aurait eu lieu dans votre vaisseau, en plein vol ! S'exclama un jeune savant.
- Quel culot, vraiment ! Maugréa une vieille aristocrate. Avez vous été violentés ?
- Non heureusement, coupa Marilyn, alors que chacun allait de son petit commentaire. Mais croyez moi, on m'a volé bien plus qu'un simple collier...
Lord Poleskine eut un sursaut imperceptible. Le regard de la jeune femme parcourut rapidement l'assistance, acéré et inquisiteur.
- Que... voulez vous dire, Milady, se risqua le jeune Rompton.
Marilyn prit un air affligé, offrant le visage même de la tristesse.
- Ce bijou me venait de ma mère, soupira-t-elle. Sa valeur pour moi était surtout sentimentale.
Un murmure de compassion parcourut la tablée. Mais Marilyn avait obtenu l'effet escompté. Un coup d'oeil de son mari, et elle sut qu'il avait identifié ceux qui à ses mots, avaient eu l'air soulagés.
Elle frissonna.
Et la soirée reprit son cours, dans une délicieuse et confortable mondanité.
_________________
Il y a des jours où tout va pour le mieux.
Faut pas s'inquiéter ça passe...
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Message Posté le : 18/06/2018 10:17:57    Sujet du message : Histoire multi-plume : thème steampunk

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